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Chronique : avortement, parlons-en (suite)

On ne veut pas savoir que, dans la détresse, une femme n’hésitera pas à recourir à des remèdes fantaisistes et à pratiquer elle-même son avortement au péril de sa vie. On ne veut pas non plus admettre que nos filles font face à des informations qui peuvent être dévastatrices par les réseaux sociaux comme par le « bouche à oreille ». Les vendeurs de médicaments illicites courent les rues et nos filles savent où les chercher quand elles sont forcées à le faire.

On ne veut pas compter ces femmes qui arrivent aux urgences, mutilées et mourantes après un avortement pratiqué dans des conditions dramatiques par des personnes qui, pour de l’argent, se livrent à de vraies boucheries sans considération de la finalité de la vie de celle qu’elles ont entre les mains.

On ne veut pas tenir compte du drame des jeunes filles et des petites filles qui, victimes d’abus sexuels, hypothèquent leur avenir avec notre bénédiction. «Fahendrena malagasy», sagesse malgache, violeurs et incestueux n’ont que faire de vos grands mots quant au respect des enfants alors que nos victimes doivent se conformer à ce que nous pensons être les normes socialement acceptables.

On préfère ignorer le médecin confronté à un cas de conscience s’il détecte une pathologie grave à l’examen d’un fœtus. Alors, à quoi servent-ils Ou deviendront-ils des croque-morts, des annonceurs de décès Et puis, à quoi bon dépenser des sommes astronomiques dans le suivi des grossesses si finalement, quoi qu’il se passe, les médecins ne peuvent même pas intervenir.

C’est donc au nom de la sagesse ancestrale, dont on décrypte l’héritage de façon inconsidérée, que l’on réduit le planning familial à un vœu pieux : une famille riche de sept filles et sept garçons, pour le meilleur et pour le pire

Nous n’avons pas pu épargner nos mères, nos grands-mères ; nous pouvons éviter à nos filles de s’auto éduquer, d’être victime de notre hypocrisie suicidaire face à la question de l’avortement. Alors, ayons le courage et l’honnêteté de faire un pas, un grand pas : parlons-en !

Kemba Ranavela

Mbolatiana Raveloarimisa

Michèle Rakotoson